Charles KNITTEL

Nom : KNITTEL

Prénom(s) : Charles, Alfred

Date de naissance : 19 décembre 1922

Commune et (département de naissance) : Strasbourg (Bas-Rhin)

Parents : Alfred KNITTEL, ouvrier municipal à Strasbourg et Louise WAGNER. Deux enfants sont nés de cette union : Berthe en 1918 (décédée en 2018) et Charles en 1922 (décédé en 1944). 

Situation familiale : Fiancé avec Joséphine Gilly, dite Finelé ou Finel, née le 22 octobre 1919 et décédée le 29 juin 2003

Enfants : /

Profession :

  • DOMICILE 

Adresse (avant la guerre) : 16 rue des Champs à La Wantzenau (Bas-Rhin), à l’entrée Sud du village, un hameau excentré par rapport au centre du village, dans un ensemble de maisons- fermes qui se nommait le Woerthel

Adresse (pendant la guerre) : /

  • DÉPORTATION 

Convoi n° : /

Date et lieu de décès : Fusillé le 17 juillet 1944 en Finlande pour tentative de désertion.

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BIOGRAPHIE (Discours du 9 juin de Nicole DREYER et de Zélian WAECKERLÉ)

Nicole

La famille a sollicité la pose d’un Stolpertsein et nous avons élaboré la biographie de Charles. Au début nous avions peu de document si ce n’est l’état civil, le jugement et une brochure de journal ;

En rencontrant la famille nous avons peu à peu appris à connaitre Charles. La famille a partagé généreusement les lettres qu’il a écrites à ses parents.

Cette démarche a permis à la famille de mieux connaitre leur oncle et à retrouver trace de la fiancée qui habitait le village jusqu’à sa mort.

Zélian

Charles est né le 19 décembre 1922 et habitait 16, rue des Champs à La Wantzenau à l’entrée Sud du village, un hameau excentré par rapport au centre du village, dans un ensemble de maisons- fermes qui se nommait le Woerthel.  

Ses parents se prénomment Alfred Knittel, le père, de confession catholique, était ouvrier municipal à Strasbourg et sa mère Louise Wagner, de confession protestante. Deux enfants sont nés de cette union : Berthe en 1918 (décédée en 2018) et Charles en 1922 (décédé en 1944).  

Ils sont baptisés protestants comme leur mère puis confirmés au temple de la Robertsau.

Berthe épousera René Formel, ils auront un enfant Gilbert Formel ici présent,  qui lui-même aura 2 enfants Gilles et Sébastien. 

Charles et Berthe sont refusés à l’école communale de La Wantzenau en raison de leur religion. Tous les jours Berthe, la sœur ainée, allait à vélo avec Charles  à l’école de la Robertsau. 

Compte tenu de sa situation géographique et de leurs  religions, la famille se sentait exclue du village de La Wantzenau et se tournait plus vers le quartier de la Robertsau.

Après les études du cycle primaire Charles entra en formation puis travaillera comme décorateur, accessoiriste au théâtre municipal de Strasbourg (opéra actuel). Charles aimait lire, il jouait du saxophone, un instrument que son neveu a retrouvé dans le grenier.

Avant la guerre Charles  fréquentait une jeune fille, Joséphine Gilly, dite Finelé ou Finel, née le 22 octobre 1919 et décédée le 29 juin 2003. Elle était serveuse dans un restaurant Au Saumon de La Wantzenau… il en parle régulièrement dans ses lettres… A la mort de Finel, on trouva une photo de Charles dans son porte feuille et dans un tiroir un recueil écrit pour elle Erste Liebe (Premier Amour) daté du  2 mai 1943. Finel ne s’est jamais mariée.

Charles est incorporé de force le 12 octobre 1942 et affecté au 1er régiment de chasseurs alpins de remplacement (Ersatz Regiment) puis de là, attaché dans un bataillon de marche (GER 137

La famille de Charles a retrouvé les lettres écrites entre le 12 octobre 1942 et le 17 juillet 1944. Il en existe 77 adressées aux parents et une, juste avant sa mort, à son ancien instituteur. 

Les lettres étaient un moyen essentiel pour maintenir les liens avec la famille et les relations amoureuses, la correspondance devient un signe de vie. 

Elles reprenaient des  formulations neutres : référence à la lettre déjà reçue, question sur le bien-être des destinataires, informations sur son propre bien-être, salutations à des connaissances communes, quelques fois des félicitations pour les anniversaires, la fête des mères…

Les lettres de Charles sont écrites dans un allemand parfait, langue qu’il maitrise et qui est la langue de la famille.

Malgré la censure, Charles donne souvent des détails sur la vie quotidienne et ses réflexions sur la situation militaire ; il manque de prudence et cela lui coûtera cher ! 

Les courriers nous permettent de retracer son parcours militaire :

– En Novembre 1942 il est à Kufstein dans le Tyrol, puis à Glasenbach près de Salzburg, où se trouve un camp de la Wehrmacht du 82ème bataillon de remplacement de l’infanterie de montagne. Puis on le mute à Interburg près de Kaliningrad.

En décembre 1942 il est à Revola en Estonie, avant de rejoindre Breslau en Pologne, Dantzig et enfin Hango( Hanko) en Finlande.

En février 43 il se trouve en Laponie finlandaise, Hohen Norden comme il l’écrit. Il est sur le front de l’Océan arctique : Eismerfront ;

Les lettres de charles nous révèlent un jeune homme de presque 20 ans qui quitte sa famille, son travail, sa fiancée, ses amis… il semble très mature, clairvoyant. Attaché à sa mère, à sa famille, sensible, voire mélancolique, il se fait du souci pour les siens  et ne s’habitue pas à la brutalité et à la violence. Dans toutes ces lettres il aspire à la paix et au retour à la maison, on y lit comme il s’enfonce peu à peu dans le désespoir en acceptant la fatalité.

Au début Charles est relativement optimiste et espère qu’il reviendra vite dans sa famille. il se réjouit des lettres et des paquets avec du lard, du fromage, des bonbons, des pommes,  du savon,  des gants et même de l’eau de Cologne. Il se réjouit que Finel soit acceptée par sa famille et puisse aller voir ses parents. 

Fin 1942 en Finlande.

Il écrit aux parents : le jour se lève à 8h et se couche à 15h… sommes dans une baraque sans éclairage et personne ne sait pourquoi il est là. Il manque tant de choses….il demande aux parents du tabac, du papier, des allumettes, des bougies, une lampe de poche, de l’aspirine, un stylo à plume ( mais il doit être bon, allez au centre de Strasbourg, en face du Prisunic…) les cigarettes Roth Handle lui manquent aussi…il demande aussi une nouvelle pipe, la sienne s’est brisée : j’en voudrais une belle avec une tête en bois brut et une tige pas trop épaisse, sombre, pour y graver les lieux où j’étais.

A partir de février 1943 l’entête des lettres s’intitule Hohen Norden

Janvier 1944, hiver rigoureux, tempêtes de neige, moins 30 …qu’en est-il de la politique ? Peut-on espérer une paix prochaine ? La seule pensée qui me maintient ce sont les retrouvailles…

Le 22 février il écrit : de jour en jour il devient perceptible que la guerre est entrée dans son état final et on se demande quelle en sera l’issue. Pensez beaucoup à moi car cela fait du bien de savoir qu’on a de chers parents qui sont là pour toi et qui nous attendent 

En mars, il écrit : cela fait 18 mois….espérons que cette année la décision tombera et que la terre sera libérée de cette horrible pression….en guerre tout va très vite et demain on est déjà oublié…il n’y a pas d’autre solution que d’attendre que tout se termine ou que l’on soit mort.

Le 24 juin 1944 Norden  Plus que jamais mes pensées sont avec vous et jamais dans ma vie je n’ai eu autant le mal du pays qu’aujourd’hui….  L’actualité est tellement violente qu’une vie isolée ne joue aucun rôle, le destin ne se laisse pas séduire par des larmes. C’est pour cette raison que ma demande est que vous restiez forts dans chaque situation et je sais que vous le ferez, n’est ce pas maman. Soyez bon avec Finel car son destin n’est pas réjouissant. 

Le 4 juillet 1944 Norden La santé physique est encore bonne mais du mental je ne veux à peine en parler car ce n’est pas réjouissant. Mais le désespoir ne m’a pas encore envahi, non, au contraire je me sens assez fort pour tout surmonter. 

Le 9 juillet 1944 Norden  Chère maman, tu penses que j’ai fait quelque chose de mal dans un moment de faiblesse…. Mais je sais une chose, mes chers parents, on ne pourra jamais vous dire que j’étais lâche non, au contraire, jusque là je n’ai jamais eu peur, Il est très important pour moi que vous sachiez tout, personne ne peut s’en offusquer car qui d’autres que vous, mes chers parents, auraient le droit de le savoir. Je n’exclus pas qu’un jour vous entendiez des ragots et que vous aurez une fausse image de moi, non, vous devez savoir exactement ce qui s’est passé et vous le saurez.

Nicole

Charles nourrit des espoirs de désertion dès décembre 1943. Il est dénoncé par son camarade, un certain Sauerländer, avec qui il avait envisagé une évasion. Arrêté il passe devant un tribunal militaire de campagne.

Le tribunal juge que l’accusé a un caractère indiscipliné. Charles s’est déjà fait remarqué en prétendant qu’il n’était pas Allemand mais Français et que pour ces raisons on ne peut pas lui imposer de combattre pour l’Allemagne

Le tribunal a décidé 

«  L’accusé poursuivi pour démoralisation de l’esprit combatif est condamné à mort, à la perte des droits civiques et à l’indignité de porter les armes à vie. »

Le SS- Hauptsturmfürer MAIER signe un dossier le 11 juillet 1944 

Charles est fusillé le 17 juillet 1944 en Laponie finlandaise dans un lieu nommé Parkkine.

Mais dès le 29 juin 1944 le général DIETL, commandant la 20ème armée alpine transmit le dossier au Gauleiter Robert Wagner au service de sécurité (Sicherheitsdienst) de Strasbourg qui,  le 11 juillet 1944, fit transplanter en Allemagne, , les parents Knittel ainsi que sa fiancée Finel. 

Le 14 juillet 1944,arrivent ses 2  dernières lettres 

C’était vos dernières lettres, ma dernière joie sur cette terre. Je vous en supplie consolez vous car je serai délivré. Je rejoins Lucien Roth et Charles Gangloff. Un jour nous nous reverrons. Soyez bon les uns envers les autres.

Mon destin vous frappera durement mais je prie Dieu jusqu’au dernier instant afin qu’il vous rende forts et vous donne pour demain sa consolation. Saluez Bertha et René de ma part et entretenez un bon  souvenir de moi. Je vais sereinement là où je dois aller mais vous savez pourquoi et pour qui, c’est pourquoi consolez vous, nous nous reverrons un jour.  Recevez de votre fils qui vous a infiniment aimé et qui porte seul la faute de son destin, mille baisers et tout son amour.  

2 jours avant sa mort, le 15  juillet 1944,   Charles adresse un courrier à  Monsieur Blocher  son ancien instituteur, on peut y lire….

Mais je peux vous dire autre chose qui sera d’une grande importance pour mes pauvres parents. 

Certains soldats vont au  front jusqu’au bout avec la conscience tranquille mais d‘autres avec une conscience lourdement chargée. …..Je viens vers vous, monsieur Blocher, avec une grande demande et espère de tout cœur que vous pourrez la réaliser. Le seul désir qui me reste est que ma mère puisse tout surmonter, mon père saura le surmonter mais ma mère a besoin de consolation, beaucoup de consolation, et j’aimerai pouvoir la consoler moi-même….Mais si vous pouviez lui dire que je n’étais ni un criminel ni un malhonnête, ce serait déjà une consolation.

 Recevez encore, monsieur Blocher, de votre ancien élève, ses remerciements anticipés et ses plus cordiales salutations. 

Un ancien compagnon incarcéré avec lui écrira à ses parents en 1946 en donnant des détails.

Charles et moi étions ensemble dans le même bataillon et avons été nommés tous les deux dans le camp de la gendarmerie de campagne. Il était envisagé pour tous les deux de nous traduire devant un tribunal militaire, Charles parce qu’il était soupçonné de désertion et moi de démoralisation des troupes. 

J’ai appris de la part de certains  gendarmes de campagne que Charles était un dessinateur remarquable et représentait la région de la mer polaire. Il se considérait simplement comme Français et ne voulait jamais renier cette fierté nationale. A priori, il a été contrait de faire le service militaire. C’est ainsi que lui vint naturellement l’idée de déserter un jour et de retourner en France par des détours. 

Je me souviens très bien du soir où on l’a sorti de sa cellule et où il s’est préparé sereinement. Il devait enfiler son uniforme d’entrainement. Ce qu’il ne fit pas. Il fuma encore un cigare et quitta tous les autres prisonniers  en leur  serrant la main. Il rassembla encore ses objets personnels pour qu’ils soient envoyés aux parents. Sans doute que rien ne vous est parvenu et après il prie son dernier chemin vers le tribunal de guerre pour entendre une seconde fois le verdict. 

Je peux vous dire clairement pourquoi la condamnation : les lettres de René ont été ouvertes et dans leur contenu était mentionné le refus total de l’uniforme allemand. Une lettre de Charles à René a été bloquée, il y disait qu’il portait toujours l’uniforme de ses ennemis et qu’il espérait en être bientôt débarrassé. Tout cela a fortement contribué à rendre la sentence la plus dure possible ; 

La condamnation a été confirmée et Charles a été fusillé tôt un  matin gris. Il mourut comme il a été dit, pour sa France en la saluant  la main levée. Il ne se laissa pas bander les yeux, mais regarda froidement dans l’œil de la mort.

 Il est mort comme il l’a si bien écrit, pour sa France.

Le 6 septembre 1944 une lettre de l’aumônier militaire H. Caselmann adressée à la maman

Fin mai de cette année j’ai rendu visite à votre fils Charles dans sa détention et je l’ai préparé à sa mort. J’ai prié avec lui et il a pris la communion. Volontiers il prit aussi un livre de chants militaires et le nouveau testament.

Votre fils a communié une dernière fois et s’en est allé paisiblement vers la dernière heure. 

Que Dieu vous apporte sa force dans votre profonde douleur  et vous réconforte avec sa promesse de la vie éternelle. Que Dieu vous console ! 

Aujourd’hui la famille voulait rendre cet hommage à Charles, en rappelant sa courte vie et en réhabilitant leur oncle, enrôlé contre sa volonté. 

Charles était un jeune homme comme tant d’autres, qui a été sacrifié sur l’autel de la folie des hommes ; il était lucide, courageux, s’est révolté et a payé pour son amour de la France. 

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Location de la pose à La Wantzenau

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Galerie d’images de la cérémonie

Sources des images : La Wantzenau. Un Stolperstein posé en mémoire de Charles Alfred Knittel, Malgré-nous fusillé pour désertion, Instagram